ASER-AEE POWER : L’HEURE EST GRAVE, L’HEURE EST À LA VÉRITÉ

De précédents régimes nous avaient habitués aux rétro-commissions et à la corruption, parfois dans des proportions gigantesques, qui accompagnaient les projets publics.

Mais jamais nous n’avions vécu des détournements au profit de Sénégalais et d’étrangers, garantis a posteriori par un organisme public, sans démarrage et, à fortiori, sans exécution des projets concernés.

Les révélations documentées faites par le député Thierno Alassane Sall dans le dossier ASER/AEE Power constituent un tournant majeur dans la lutte contre la prédation des ressources publiques au Sénégal.

Si cette affaire est aujourd’hui portée à la connaissance du peuple sénégalais avec un tel niveau de précision, c’est grâce à l’opiniâtreté, à la vigilance et à la détermination du député Thierno Alassane Sall. Malgré les tentatives de minimisation, les campagnes de dénigrement, les accusations infondées et le silence de nombreuses autorités, il n’a cessé d’alerter l’opinion publique nationale et internationale sur les risques qui pesaient sur des ressources publiques destinées à l’électrification du monde rural. Les faits aujourd’hui révélés démontrent la pertinence de son combat pour la transparence et la sauvegarde des deniers publics.

Pendant des mois, des alertes ont été lancées. Pendant des mois, des interrogations légitimes ont été soulevées sur le devenir de dizaines de milliards de francs CFA destinés à l’électrification de milliers de localités rurales. Pendant des mois, les lanceurs d’alerte ont été confrontés au déni, au silence ou à la tentative de discrédit.

Aujourd’hui, les faits parlent d’eux-mêmes.

De l’information livrée par une banque, des documents bancaires obtenus dans le cadre d’une procédure judiciaire internationale montrent qu’une part considérable des fonds mobilisés pour un projet essentiel au développement de notre pays a quitté les circuits prévus sans qu’un lien puisse être établi avec l’exécution effective des travaux. Pendant que des milliards circulaient à travers plusieurs pays et plusieurs comptes, les populations rurales continuaient d’attendre l’électricité qui leur avait été promise.

Camouflage organisé de la prédation dans la durée par proclamation de l’innocence a priori du DG de l’ASER dans des meetings politiques du Pastef, information fausse donnée en Conseil des ministres selon laquelle seuls quelques problèmes douaniers retardaient le démarrage des travaux.

Cette situation est d’une extrême gravité.

Elle appelle non seulement l’établissement de toutes les responsabilités, mais également une réaction ferme et exemplaire des plus hautes autorités de l’État.

Monsieur le Président de la République, vous avez été porté au pouvoir par une aspiration populaire forte à la rupture, à la transparence et à la reddition des comptes. Cette exigence ne saurait être à géométrie variable. Elle ne peut concerner uniquement les fautes du passé tout en fermant les yeux sur celles qui seraient commises sous le régime actuel.

Les Sénégalais attendent de vous que vous garantissiez l’indépendance totale de la justice dans ce dossier. Ils attendent que toute la lumière soit faite, sans considération de rang, de fonction ou d’appartenance politique. Ils attendent surtout que personne ne bénéficie d’une quelconque protection politique.

Le Sénégal a trop souffert des pratiques qui ont consisté à utiliser l’appareil d’État pour soustraire certains responsables à l’obligation de rendre compte. Les citoyens ont dénoncé hier l’existence d’un « coude Macky Sall » servant à protéger des proches du pouvoir et à empêcher l’éclatement de la vérité.

Ce serait une immense déception nationale que de voir apparaître aujourd’hui un autre « coude », sous une autre gouvernance, pour couvrir les mêmes pratiques et protéger de nouveaux privilégiés.

Les Sénégalais n’ont pas voté pour un changement de bénéficiaires de l’impunité ; ils ont voté pour la fin de l’impunité.

La rupture ne se proclame pas ; elle se démontre.

Si les faits révélés sont exacts, les auteurs, complices et bénéficiaires de ces détournements présumés doivent répondre de leurs actes. Si des responsables publics ont été alertés et n’ont rien fait, leur responsabilité doit également être établie. Si des protections ont été accordées, elles doivent être dénoncées et sanctionnées.

L’argent dont il est question n’appartient ni à un gouvernement ni à une administration. Il appartient au peuple sénégalais. Il représente des écoles, des postes de santé, des routes, des emplois et, dans ce cas précis, l’accès à l’électricité pour des milliers de familles.

Aucune considération politique ne doit prévaloir sur la recherche de la vérité.

Le slogan « Jub, Jubbal, Jubbanti » ne doit pas rester un simple étendard de campagne. Il doit trouver sa traduction concrète dans cette affaire. Le « Jub » exige la vérité ; le « Jubbal » commande que les responsabilités soient situées ; le « Jubbanti » impose que les préjudices subis par la Nation soient réparés et que les fonds publics détournés soient récupérés.

Le Sénégal a besoin que la justice fasse son travail en toute indépendance. Le peuple sénégalais a le droit de connaître la vérité sur le devenir de ses milliards et sur l’identité de ceux qui ont participé à leur disparition ou à leur protection.

Nous appelons donc le Président de la République à garantir personnellement que cette affaire ira jusqu’à son terme et que nul ne pourra bénéficier d’une quelconque immunité de fait.

La crédibilité de l’État, la confiance des citoyens et l’avenir de notre démocratie en dépendent.

Ibrahima Thiam, Président du parti ACT

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