Qui parle quand Ousmane contredit Sonko ?

Ousmane Sonko me fait parfois penser à ces bonimenteurs de foire qui savent attirer la foule : une estrade, une voix tonitruante, quelques formules bien huilées et la promesse d’un produit miraculeux. Le problème commence lorsqu’on regarde l’étiquette : l’emballage est souvent plus convaincant que le contenu.

Chez lui, l’emphase tient parfois lieu d’argument, l’assurance remplace la preuve et la formule choc dispense de répondre aux questions embarrassantes. Et lorsque la réalité contrarie le récit, il suffit de changer de version. Une prouesse : même la vérité semble devoir s’adapter au calendrier politique.

Des 94 milliards aux accusations visant Mame Mbaye Niang, en passant par celles concernant Aminata Touré et les fonds spéciaux, le scénario semble immuable : une accusation spectaculaire, un chiffre avec beaucoup de zéros, une certitude absolue puis arrive le moment beaucoup moins théâtral où il faut produire les preuves.

Car un chiffre ne devient pas vrai parce qu’il comporte beaucoup de zéros. Sinon, avec quelques milliards supplémentaires à chaque discours, on pourrait devenir économiste, magistrat et expert financier sans même passer d’examen.

Et le procédé continue. Les hommes d’affaires sont régulièrement désignés comme s’ils constituaient une catégorie suspecte qu’il faudrait opposer au peuple. Pourtant, un pays ne se développe pas en dressant les populations contre ceux qui entreprennent, investissent et créent des emplois. On peut contrôler les pratiques économiques ; on ne construit pas une économie en transformant la réussite en crime par défaut.

Même spectacle à l’Assemblée nationale. Depuis le limogeage de Sonko de la Primature, son atterrissage à la tête de l’Assemblée a déplacé le centre du rapport de force. Les commissions d’enquête se multiplient et donnent parfois l’impression que l’on cherche autant à produire du récit politique qu’à établir des faits.

Le contrôle parlementaire est légitime. Mais l’Assemblée nationale n’est ni un meeting permanent ni le prolongement d’un parti. Elle appartient au peuple sénégalais, y compris à ceux qui ne votent pas Pastef.

À force de transformer chaque désaccord avec l’exécutif en bataille institutionnelle, on finit par se demander si l’Assemblée contrôle le gouvernement ou si elle cherche à gouverner contre lui.

Et lorsqu’un juge contrarie Sonko, le juge devient suspect. Lorsque la société civile le critique, elle devient suspecte. Lorsqu’un journaliste ou un intellectuel refuse son récit, il devient à son tour suspect. Curieuse conception du contre-pouvoir : il est respectable lorsqu’il applaudit et manipulé lorsqu’il contredit.

La démocratie, pourtant, commence précisément là où l’on accepte d’être contredit.

Son passage à la Primature et son action parlementaire devraient être jugés sur des faits, des décisions et des résultats. Les Sénégalais savent parfaitement distinguer une réforme d’un slogan, un résultat d’une promesse et une politique publique d’un numéro de communication.

Et puis il y a cette étrange mécanique : Sonko semble à la fois héros, victime, procureur, lanceur d’alerte et détenteur exclusif de la vérité.

Tantôt Ousmane parle au nom de Sonko ; tantôt Sonko semble devoir contredire Ousmane.

Alors une question s’impose :

Qui parle quand Ousmane contredit Sonko ?

Quant à la comparaison avec Cheikh Anta Diop, permettez-moi de sourire. Cheikh Anta Diop a laissé une œuvre scientifique et intellectuelle construite par des décennies de recherche. Comparer cette œuvre à une carrière politique fondée principalement sur le discours et la dénonciation relève moins de l’analyse que de l’enthousiasme militant. Comparons donc les œuvres, les preuves, les résultats et la contribution à la société. Car le Sénégal n’a pas besoin de bonimenteurs plus talentueux.

Il a besoin de dirigeants capables de supporter ce qui semble être devenu rare en politique : la confrontation avec les faits.

Ibrahima Thiam,
Président du parti ACT

 

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